Les congés pour raisons familiales et personnelles : un guide complet

Les congés pour raisons familiales et personnelles : un guide complet

La gestion des absences des salariés pour des motifs familiaux ou personnels est une composante essentielle de la vie d’une entreprise. Loin d’être un simple enjeu administratif, elle engage directement votre responsabilité d’employeur et impacte l’organisation du travail. Chaque situation, qu’il s’agisse d’un heureux événement ou d’une épreuve difficile, est encadrée par des règles précises qui définissent une suspension du contrat de travail. Naviguer entre les obligations légales, les dispositions conventionnelles et les droits des salariés peut s’avérer complexe. Notre cabinet vous apporte un éclairage stratégique pour sécuriser vos démarches, anticiper les risques et maintenir une relation de travail sereine et conforme au droit.

Congés pour événements familiaux (mariage, naissance, décès, handicap)

Conditions d’octroi et durée légale

Tout salarié, sans condition d’ancienneté, peut bénéficier d’autorisations d’absence exceptionnelles pour certains événements familiaux majeurs. En tant qu’employeur, vous êtes tenu de les accorder dès lors que l’événement est justifié. Le salarié doit vous informer de son absence et vous fournir un justificatif (certificat de mariage, acte de naissance ou de décès). Il ne s’agit pas d’une demande soumise à votre autorisation, mais d’un droit. Ces congés doivent être pris dans une période raisonnable entourant l’événement, ce qui n’implique pas forcément le jour même de sa survenance.

Sauf accord collectif plus favorable, le Code du travail fixe des durées minimales :

  • 4 jours pour le mariage du salarié ou la conclusion d’un Pacs.
  • 3 jours pour la naissance d’un enfant, pour le père et, le cas échéant, le conjoint ou partenaire de la mère. Ce congé se cumule avec le congé de paternité.
  • 3 jours pour l’arrivée d’un enfant adopté.
  • 7 jours pour le décès d’un enfant de moins de 25 ans (ou d’un enfant lui-même parent, sans condition d’âge), ou d’une personne de moins de 25 ans à sa charge effective. Ce congé spécifique se cumule avec le congé de deuil.
  • 3 jours pour le décès du conjoint, du partenaire de Pacs, du concubin, du père, de la mère, du beau-père, de la belle-mère, d’un frère ou d’une sœur.
  • 2 jours pour l’annonce de la survenue d’un handicap chez un enfant.

Ces jours sont généralement décomptés en jours ouvrables, c’est-à-dire tous les jours de la semaine sauf le jour de repos hebdomadaire (souvent le dimanche) et les jours fériés chômés dans l’entreprise.

Impact sur le salaire et l’ancienneté

Une règle fondamentale s’applique : ces absences n’entraînent aucune réduction de la rémunération du salarié. Elles sont considérées comme du temps de travail effectif, tant pour le calcul des congés payés que pour les droits liés à l’ancienneté, comme le prévoit l’article L. 3142-2 du Code du travail. En conséquence, vous ne pouvez pas imputer ces jours sur les congés payés annuels. De même, une prime de présence ou d’assiduité ne saurait être réduite ou supprimée au motif de la prise d’un de ces congés, car cela reviendrait à priver d’effet un droit accordé par la loi.

Congé de paternité et d’accueil de l’enfant

Nouvelles dispositions et congé obligatoire

Le congé de paternité a été profondément réformé pour les naissances intervenant depuis le 1er juillet 2021. Sa durée a été portée à 25 jours calendaires (32 en cas de naissances multiples), et il se décompose désormais en deux périodes distinctes. La première période est de 4 jours calendaires et doit être prise obligatoirement, faisant immédiatement suite au congé de naissance de 3 jours. Pendant ces 7 jours cumulés, une interdiction d’emploi s’impose à vous. Vous ne pouvez, sous aucun prétexte, maintenir le salarié à son poste, même avec son accord. Le non-respect de cette obligation constitue une infraction.

La seconde période, de 21 jours (ou 28 en cas de naissances multiples), est plus flexible. Le salarié peut choisir de la prendre à la suite de la première ou de la fractionner en deux parties, dont la plus courte doit être d’au moins 5 jours. Cette seconde période doit être prise dans les 6 mois suivant la naissance. Le salarié a l’obligation de vous informer de la date prévisionnelle de l’accouchement au moins un mois à l’avance, ainsi que des dates de prise de la ou des périodes de la seconde partie du congé, en respectant également un préavis d’un mois.

Protection contre le licenciement

Le père salarié bénéficie d’une protection contre la rupture de son contrat de travail. L’article L. 1225-4-1 du Code du travail interdit à l’employeur de le licencier pendant les 10 semaines qui suivent la naissance de son enfant. Cette protection est dite « relative » : elle n’est pas absolue comme celle de la mère pendant son congé maternité. Vous conservez la possibilité de rompre le contrat si vous justifiez d’une faute grave du salarié ou de votre impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’arrivée de l’enfant (par exemple, une réorganisation économique d’envergure). Il est important de noter que la jurisprudence a précisé que cette protection ne couvre pas les actes préparatoires au licenciement, ce qui la distingue de la protection accordée à la mère.

Congé pour enfant malade, don de jours et congé de deuil

Modalités et conditions spécifiques

En cas de maladie ou d’accident d’un enfant de moins de 16 ans dont il a la charge, un salarié peut bénéficier d’un congé, sur présentation d’un certificat médical. Sa durée est de 3 jours par an, portée à 5 jours si l’enfant a moins d’un an ou si le salarié assume la charge de trois enfants ou plus. Ce congé n’est en principe pas rémunéré, sauf si votre convention collective prévoit un maintien de salaire.

Le dispositif de don de jours de repos est une mesure de solidarité interne à l’entreprise. Un salarié peut, en accord avec vous, renoncer anonymement à des jours de repos non pris (au-delà de la 4ème semaine de congés payés, jours de RTT) au profit d’un collègue dont l’enfant de moins de 20 ans est atteint d’une maladie, d’un handicap ou victime d’un accident d’une particulière gravité. Ce mécanisme a aussi été étendu au cas du décès d’un enfant de moins de 25 ans.

Enfin, le congé de deuil, d’une durée de 8 jours, est un droit pour le salarié en cas de décès de son enfant de moins de 25 ans ou d’une personne de moins de 25 ans à sa charge. Ce congé peut être fractionné et doit être pris dans l’année suivant le décès. Il s’ajoute au congé pour événement familial de 7 jours, portant ainsi la durée totale d’absence possible à 15 jours.

Remboursement et indemnisation

La gestion de la paie durant ces absences varie. Le congé pour enfant malade est, sauf disposition conventionnelle, une absence autorisée non payée. À l’inverse, pour le salarié bénéficiaire d’un don de jours, sa rémunération est intégralement maintenue pendant son absence, comme s’il travaillait. Concernant le congé de deuil, le salarié perçoit des indemnités journalières de la Sécurité sociale, sur le modèle de celles du congé maternité. En cas de maintien de salaire de votre part, vous pouvez être subrogé dans les droits du salarié pour percevoir directement ces indemnités.

Congé de présence parentale et de solidarité familiale

Situations particulières et droits du salarié

Le congé de présence parentale est destiné au salarié dont l’enfant de moins de 20 ans est atteint d’une maladie, d’un handicap ou victime d’un accident d’une particulière gravité, nécessitant une présence soutenue. Le salarié bénéficie d’un crédit de 310 jours ouvrés d’absence, à utiliser sur une période maximale de 3 ans, en fonction des besoins de l’enfant. Il doit vous en informer au moins 15 jours avant par lettre recommandée, accompagnée d’un certificat médical. Ce congé n’est pas rémunéré par l’employeur, mais peut ouvrir droit à l’Allocation Journalière de Présence Parentale (AJPP) versée par la Caisse d’Allocations Familiales.

Le congé de solidarité familiale, quant à lui, permet d’assister un proche (ascendant, descendant, frère, sœur ou personne partageant le même domicile) souffrant d’une pathologie mettant en jeu le pronostic vital ou en phase avancée d’une affection grave et incurable. Sa durée maximale est de 3 mois, renouvelable une fois. Le salarié vous informe 15 jours à l’avance, certificat médical à l’appui. Comme le congé de présence parentale, il s’agit d’un droit que vous ne pouvez ni refuser ni reporter. Ce congé n’est pas rémunéré mais peut donner droit à l’Allocation Journalière d’Accompagnement d’une Personne en fin de vie (AJAP).

Durée et renouvellement

Pour le congé de présence parentale, le crédit de 310 jours peut être utilisé de manière fractionnée (par journée ou demi-journée) ou transformé en période d’activité à temps partiel avec votre accord. Au-delà des 3 ans, de nouveaux droits peuvent être ouverts en cas de rechute ou de récidive. Le congé de solidarité familiale peut être renouvelé une fois, portant sa durée maximale à 6 mois. Dans les deux cas, le salarié doit vous informer de son intention de renouveler son congé en respectant un préavis de 15 jours.

Congé de proche aidant et congé sabbatique

Bénéficiaires et conditions d’absence

Le congé de proche aidant permet à un salarié de cesser son activité pour s’occuper d’une personne handicapée ou en perte d’autonomie avec qui il entretient des liens étroits et stables. Il n’y a pas de condition d’ancienneté. Le congé est d’une durée maximale de 3 mois, renouvelable, sans pouvoir dépasser un an sur l’ensemble de la carrière du salarié. Il peut être transformé en temps partiel ou fractionné avec votre accord. Le salarié n’est pas rémunéré mais peut percevoir l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA).

Le congé sabbatique est différent : il s’agit d’un congé pour convenance personnelle, dont le salarié n’a pas à justifier le motif. Pour y prétendre, il doit justifier de 6 ans d’activité professionnelle et d’une ancienneté d’au moins 36 mois dans l’entreprise. Contrairement aux autres congés familiaux, vous pouvez le différer, voire le refuser, notamment dans les entreprises de moins de 300 salariés, si vous estimez que son absence aurait des conséquences préjudiciables à la bonne marche de l’entreprise, après avis du comité social et économique.

Réintégration professionnelle et droits sociaux

À l’issue de ces congés (proche aidant ou sabbatique), le salarié doit retrouver son emploi précédent ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente. La durée du congé de proche aidant est prise en compte pour l’ancienneté, et le salarié conserve les avantages acquis avant son départ. Ce n’est pas le cas pour le congé sabbatique, qui n’est pas assimilé à du temps de travail effectif. Dans les deux situations, un entretien professionnel doit être organisé avant le départ et au retour du salarié pour évoquer ses perspectives d’évolution.

Congé parental d’éducation

Conditions d’accès et durée maximale

Après une naissance ou une adoption, tout salarié ayant au moins un an d’ancienneté à la date de la demande peut bénéficier d’un congé parental d’éducation. Il a le choix entre une suspension totale de son contrat ou une réduction de son temps de travail (qui ne peut être inférieure à 16 heures par semaine). Ce congé est un droit que vous ne pouvez refuser. La durée initiale est d’un an au maximum, et il peut être prolongé deux fois, prenant fin au plus tard au troisième anniversaire de l’enfant. Le salarié doit vous informer un mois avant la fin de son congé maternité ou d’adoption, ou deux mois avant dans les autres cas.

Effets sur l’emploi et la formation professionnelle

À l’issue de son congé parental, le salarié doit retrouver son poste précédent ou un emploi similaire avec une rémunération équivalente. La loi du 9 mars 2023 a précisé ses droits : la durée du congé parental à temps plein est prise en compte pour moitié pour le calcul de l’ancienneté, tandis que la période à temps partiel est intégralement assimilée à du travail effectif. Le salarié conserve le bénéfice de tous les avantages acquis avant son départ. Un entretien professionnel doit être organisé à son retour pour accompagner sa reprise d’activité et identifier d’éventuels besoins de formation, afin de garantir une réintégration réussie et de prévenir toute forme de discrimination.

La gestion de ces différents congés requiert une connaissance précise de vos obligations. Chaque situation est unique et peut présenter des défis spécifiques pour votre organisation. Pour une analyse approfondie et un conseil adapté à votre contexte, n’hésitez pas à contacter notre cabinet.

Sources

  • Code du travail
  • Code de la sécurité sociale
  • Code de commerce
  • Code général des collectivités territoriales

Ce contenu vous parle ?

illustration-sabrina-chemakh-avocat-paris-justice-juridique-droit-travail-protection-sociale-affaires-justice-1
Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale

Redressement URSSAF : sanctions et contestation

Le redressement URSSAF peut avoir des conséquences financières lourdes pour une entreprise : entre sanctions, majorations de cotisations et mise en recouvrement, il est essentiel de connaître les recours possibles et de bénéficier de l’accompagnement d’un avocat spécialisé pour contester efficacement la décision de l’URSSAF. I) Qu’est-ce qu’un redressement URSSAF ? Le redressement URSSAF intervient lorsqu’un contrôle révèle que les cotisations sociales déclarées par une entreprise sont insuffisantes ou incorrectes. Dans ce cas, l’organisme de recouvrement peut réclamer : des cotisations supplémentaires des majorations de retard d’éventuelles pénalités Cette procédure s’inscrit dans le cadre des dispositions prévues par les articles L243-7 et suivants du Code de la sécurité sociale relatifs au contrôle et au recouvrement des cotisations. II) Les principales causes de redressement URSSAF Plusieurs situations peuvent entraîner un redressement. 1/ Absence ou erreurs dans les déclarations de cotisations Les erreurs les plus fréquentes concernent : absence de DPAE ou

Lire la suite
illustration-sabrina-chemakh-avocat-paris-justice-juridique-droit-travail-protection-sociale-affaires-salarie-14
Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale

Le contrôle URSSAF

Face à un contrôle URSSAF,  les entreprises doivent connaître, la procédure et leurs droits, anticiper les risques de redressement et s’entourer d’un avocat spécialisé en droit social afin d’être accompagnées et défendues tout au long de la procédure. I) Qu’est-ce qu’un contrôle URSSAF ? Le contrôle URSSAF est une procédure administrative permettant aux organismes de recouvrement de vérifier la conformité des déclarations sociales effectuées par les entreprises. L’objectif est de s’assurer que les cotisations sociales ont été correctement déclarées et payées. Cette mission est prévue par le Code de la sécurité sociale, notamment l’article L243-7, qui autorise les organismes de recouvrement à vérifier l’application des dispositions relatives aux cotisations et contributions sociales par les employeurs et travailleurs indépendants. Le contrôle peut concerner tout type de structure : PME, grandes entreprises, associations ou travailleurs indépendants. II) Pourquoi une entreprise peut-elle être contrôlée ? Plusieurs situations peuvent conduire à un contrôle URSSAF.

Lire la suite
illustration-sabrina-chemakh-avocat-paris-justice-juridique-droit-travail-protection-sociale-affaires-justice-3
Droit commercial, des affaires et de la concurrence

Les conditions de la rupture brutale des relations commerciales

La rupture brutale des relations commerciales établies constitue une pratique sanctionnée par le droit français. Elle vise à protéger les partenaires économiques contre une cessation soudaine et imprévisible d’une relation commerciale stable. Les conditions de la rupture brutale des relations commerciales sont définies par le code de commerce et les décisions de justice. Elle constitue un réel sujet pour les entreprises ayant des partenaires commerciaux. C’est pourquoi l’assistance d’un avocat est nécessaire pour éviter les écueils et protéger son entreprise. 1) La rupture brutale des relations commerciales : cadre légal L’article L442-1, II dispose : « Engage la responsabilité de son auteur et l’oblige à réparer le préjudice causé le fait de rompre brutalement, même partiellement, une relation commerciale établie, en l’absence d’un préavis écrit tenant compte notamment de la durée de la relation commerciale. » Ainsi, il faut déterminer les condition de la responsabilité de l’auteur de la rupture

Lire la suite

Inscrivez-vous à notre newsletter !

logo-sabrina-chemakh-avocat-justice-juridique-droit-travail-protection-sociale-affaires-512x512px-couleur-transparent-1
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Internet et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.